J’ai plutôt pour habitude de poster des articles pratiques, mais l’actualité soulève des questions de fonds quant au pilotage de nos opérations internationales.
Ainsi, avec l’autorisation de Jean-Jacques CÉCILE, je me permet de reproduire ici une partie d’un de ses articles pour nourrir la réflexion :
Les chiffres publiés par le New York Times témoignent d’une facette mal connue du conflit afghan : entre mars 2009 et juin 2011, au moins 57 personnes dont 32 soldats américains ont été assassinées par des membres des services de sûreté nationaux ayant retourné leurs armes contre leurs mentors. Les motivations relatives à ces meurtres ne sont certes pas toutes marquées au sceau du terrorisme mais il n’en reste pas moins qu’en Afghanistan, tel une épée de Damoclès, le spectre malfaisant de l’infiltration d’unités cornaquées ou non par des conseillers occidentaux rôde sans cesse.(…)les Occidentaux ainsi que les forces afghanes loyales au pouvoir central ont dramatiquement accéléré l’implémentation de mesures censées permettre de démasquer les infiltrés avant qu’ils ne passent à l’action. Un programme mis en place à l’été 2010 a permis d’entraîner jusqu’au mois d’avril un total de 222 agents afghans avec un objectif de 445 agents formés en fin d’année 2011. Le but est de placer des spécialistes du contre-espionnage « jusqu’aux niveaux hiérarchiques les plus bas dans toutes les organisations (…) avec la seule mission d’identifier ceux qui veulent les infiltrer ou ceux qui cherchent à manipuler des gens d’ores et déjà embauchés afin de les amener à sympathiser avec les thèses défendues par les taliban », indique le lieutenant-général William Caldwell qui dirige pour les Occidentaux toutes les actions de formation entreprises au profit des forces afghanes. Lotfullah Mashal, le porte-parole du National Directorate of Security, a quant à lui déclaré que son organisme d’appartenance avait la ferme intention de détacher très prochainement des spécialistes auprès des centres de recrutement de l’armée ainsi que de la police. Les « services » occidentaux sont eux-aussi sur la brèche.
Sur son blog Le mamouth, Jean-Marc Tanguy affirme ainsi que la Direction pour la protection et la sécurité de la Défense française déploie en Afghanistan « quasiment un tiers de ses effectifs d’active mobilisés en opérations extérieures pour des missions de CI (counter-intelligence, ou contre-ingérence, en français) », l’ensemble étant principalement lié « à l’emploi de collaborateurs autochtones ». On a plus récemment appris que le Pentagone avait envoyé sur place 80 agents supplémentaires spécialistes du contre-espionnage. But : mieux passer au crible le background des candidats qui se présentent, réexaminer les dossiers des recrues en cours de formation et plus généralement durcir les tactiques, techniques et procédures censées permettre de détecter ces brebis galeuses dont il est maintenant temps d’évoquer les motivations.
Selon Patrick Quinn et Rahim Faiez, deux correspondants de l’Associated Press, sur 21 cas recensés par la coalition occidentale entre septembre 2007 et mai 2011, huit incidents « ont eu pour origine le stress du combat ou des ennuis personnels ; sept ont eu des causes indéterminées ; quatre ont impliqué des membres des forces de sûreté afghanes qui avaient rallié les insurgés ou qui éprouvaient de la sympathie à l’égard de leur cause, et deux ont impliqué des attaquants prétendant être des policiers ou des soldats afghans ». Mais ces statistiques sont bien entendu peu représentatives, le nombre de cas relaté est faible et elles ne tiennent compte que des épisodes violents. Combien de « taupes » discrètes échappent-elles à la détection car se contentant de renseigner les taliban et autres moudjahidines sans faire de vague ? Malgré ses défauts, ce constat met cependant en exergue une des caractéristiques du phénomène : la grande diversité des motivations poussant les infiltrés à passer à l’acte. Lorsque ces motivations sont d’ordre idéologique, elles peuvent parfois résulter de manipulations psychologiques où l’horreur le dispute à l’abject.
Une demie douzaine d’entretiens et le recueil d’une dizaine de témoignage sont-ils suffisant pour s’assurer de la loyauté ? Ne blâmons pas nos spécialistes qui sont sur le terrain. Car ces méthodes éprouvées permettent d’écarter beaucoup de menaces… Donnons leurs plutôt le temps de travailler !
Je pense qu’il devient urgent de revoir nos pratiques CE car comment demander à nos professionnels de rester vigilant face à leur collègues d’autres nationalités, y compris durant leurs périodes de repos ? Qu’en pensez-vous ?








